Le Petit Cîteaux

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Sept siècles cisterciens

‍Fondation masculine du début du XIIe siècle, le Petit Cîteaux s’inscrit dans la première vague d’essaimage de Cîteaux. Porté par une croissance exponentielle de l’ordre, il bénéficie d’une dotation foncière exceptionnelle confirmée en 1142 par Thibaud le Grand.

‍Le tracé en rouge représente le tracé de la donation de 10 km2 dans la forêt de Silvalonga. Voir encadré ci-contre.

‍La Charte de 1142  donne des précisions sur le périmètre de cette donation confirmée et étendue.

‍Lire pavé en bas de page.

‍Afflux des donations

‍Une croissance exponentielle au XIIe siècle 

‍À l’instar de la quasi-totalité des fondations cisterciennes du XIIe siècle, le Petit Cîteaux est un monastère d’hommes. Les établissements féminins demeurent alors très minoritaires. Cette fondation appartient à la première vague d’implantations dont le succès rendra possible l’expansion spectaculaire de l’ordre.

‍En 1134, à la mort d’Étienne Harding, plus de soixante-dix abbayes ont déjà été érigées depuis la création de l’abbaye de La Ferté en 1113. La moyenne apparente d’environ trois fondations par an masque une dynamique en réalité exponentielle : 1, puis 7, puis 70 maisons.

‍Au milieu du XIIe siècle, époque des décès de Thibaut IV de Blois (dit le Grand) et de Bernard de Clairvaux, on compte 341 monastères cisterciens, dont 183 dans l’actuel territoire de la France. À la veille de la peste noire, au milieu du XIVe siècle, plus de deux mille fondations auront été réalisées, soit plus de 90% de l’ensemble des créations cisterciennes de l’histoire. Toutefois, si la croissance demeure forte jusqu’au début du XIVe siècle, son rythme ralentit dès la deuxième moitié du XIIIe.

‍Le Petit Cîteaux participe pleinement à cette dynamique initiale, en constituant l’un des relais de l’expansion cistercienne vers l’ouest.

‍L’installation d’une « colonie » monastique

‍Comme souvent au XIIe siècle, la date officielle de fondation est postérieure à l’installation effective. Concrètement, une douzaine de moines — conduits par le futur abbé — forment une avant-garde envoyée sur un site préalablement négocié avec un seigneur ou un prince.

‍Leur mission est double : évaluer la viabilité matérielle (eau, bois, terres cultivables, voies d’accès) et apprécier l’environnement humain afin de garantir des relations pacifiques avec les populations et seigneurs locaux. Ils doivent ensuite préparer le terrain à l’arrivée de la communauté élargie comprenant moines et convers, être en mesure d’aménager l’espace, de maîtriser l’hydraulique et d’entreprendre les premières constructions (en bois).

‍Pour la fondation ligérienne, le futur abbé Ulric — mentionné en 1136 dans une bulle d’Innocent II comme “Ulrico, abbati de Helemosina” — arrive probablement vers 1114/1116 avec douze moines issus de Cîteaux. Son nom n’apparaît pas dans les chartes de 1121 ni de 1142, mais sa position comme premier abbé ne fait guère de doute.

‍Une dotation foncière structurante

‍L’intégration de la communauté entre forêt et plaine est rendue possible par une politique de donations substantielles. Outre les privilèges pontificaux, le soutien décisif vient du comte de Blois et de Champagne.

‍La charte de 1142, par laquelle Thibaud le Grand confirme et étend sa donation initiale, offre un descriptif précis des biens concédés. La principale portion — environ 10 km² (près de 1 000 hectares) — forme un vaste triangle orienté vers Blois, englobant l’essentiel en forêt de Silvalonga, avec des terres arables au nord-est. C’est dans cette zone que seront établies plusieurs granges cisterciennes, notamment La Brosse, La Touche et Pommereau, unités agricoles structurantes du modèle économique de l’ordre.

‍La seconde partie de la donation concerne la métairie du Rimbert (désignée Arembert dans l’acte). L’ensemble constitue une dotation exceptionnelle : forêt, terres cultivables, dépendances agricoles et sécurité juridique consolidée par l’engagement de la descendance comtale.

‍Cette assise foncière solide permet au Petit Cîteaux de s’implanter durablement et de participer à l’essaimage cistercien. Elle illustre le modèle économique de l’ordre : autonomie productive, exploitation rationnelle des ressources et insertion dans des réseaux de pouvoir garantissant stabilité et croissance.

«Moi, Thibaut, comte de Blois, je veux faire savoir à tous, tant futurs que présents, que pour la rédemption de mon âme et de celle de mes ancêtres, j'ai fondé, dans mon propre alleu, cette abbaye qui porte le nom d'Aumône, à la demande et sur la requête de Dom Etienne, qui fut le deuxième1 abbé de Cîteaux, et qui amena ici un couvent avec son abbé de Cîteaux2, lequel abbé fut ensuite accueilli et ordonné avec satisfaction par le vénérable et digne de Dieu évêque de Chartres, légat du siège apostolique, Geoffroy3, avec l'assentiment et la volonté duquel j'ai fait pour cela ; et parce que je sais que le calme est utile et nécessaire à la vie monastique, pour augmenter la paix de ce même cénobite, j'ai étendu les limites et ordonné qu'elles soient marquées par des bornes précises, afin que ceux qui y vivent ne soient pas troublés par les agitations séculières, ce qui les empêcherait de servir Dieu avec piété. Nous décrétons donc que la possession de ceux-ci, dans la partie qui est contiguë à Octeville4 et qui regarde Blois, soit délimitée par une façade assez évidente que j'ai ordonné de faire, et par d'autres bornes jusqu'au côté de La Colombe5, et de là par la voie publique qui est appelée le chemin du comte jusqu'au carrefour du chemin d'Octeville, et de ce carrefour par ce même chemin à travers le marais qui est appelé Raudet et par Gret jusqu'à la maison du Lépreux d'Octeville. J'ai donné aussi à ceux-ci à Arembert tout cela et tout ce qu'ils pourront acquérir par la suite, soit par achat, soit par bienfaits, soit par largesse des fidèles, j'ai donné, concédé et concède qu'ils le possèdent désormais librement et paisiblement, les moines de l'Aumône et leurs successeurs, avec l'assentiment et la volonté de Mathilde, mon épouse, et de mes fils Henri, Thibaut et Étienne.

« Afin que cette donation soit conservée intacte et inviolable à perpétuité, j'ai ordonné que la présente charte soit faite et corroborée par l'apposition de mon sceau. Les témoins de cette chose sont : le seigneur G. susdit évêque de l'église de Chartres, Guillaume mon clerc, Bernerius prêtre de Saint-Léonard, Raherius de Vieux-Vic et ses deux fils Odo et Hugo, Hervé de Stalles et Hervé son fils, Herbert Curtesius, et Silvester son fils, Geoffroy d'Agua et Hervé son fils, Gui l'arbalétrier et Adam son fils, Robert prévôt de Vieux-Vic, Herbert de Moisi, Margothus de Salomoneria, Harduin de Cantosma et G. Frodonis. Cela a été fait en l'an de l'incarnation du Seigneur 1142. Paraphe de la comtesse Mathilde, d'Henri, de Thibaut, d'Étienne.»


Notes :

1. Peut-être Bernard de Molesme, n’était-il pas considéré à l’époque comme le premier abbé de Cîteaux ? Le “Petit Exorde” (un texte émanant de Cîteaux au début du XIIe siècle retraçant notamment l’histoire des débuts de l’ordre) considère également Etienne comme le deuxième abbé de l’ordre. Aujourd’hui, l’usage veut que Bernard de Molesme soit plutôt  inclus dans la liste des abbés, et donc Étienne est vu comme le troisième abbé.

2. Lire avec son abbé provenant de Cîteaux (Bourgogne). Il s’agit vraisemblablement de l’abbé Ulric.

3. Geoffroy de Lèves, évêque de Chartres, 1117-1149.

4. Autainville, canton de Marchenoir (Loir-et-Cher).

5. La Colombe, fondue aujourd’hui dans Beauce-la-Romaine (Loir-et-Cher).

Charte de 1142 - Thibaut IV confirme la fondation

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