Le Petit Cîteaux

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Sept siècles cisterciens

‍Que ce soit dans les chartes ou dans les textes émanant de l’Ordre cistercien, la dénomination d’usage est “abbaye de l’Aumône dite le Petit Cîteaux” (abbatia eleemosyna, Cistercium Minus). 

‍Pourquoi l’usage commun a-t-il voulu que l’abbaye porte ce double patronyme, aussi bien dans l’Ordre cistercien que localement ? Voici quelques éléments de réflexions.


‍Cistercium Minus

‍Pourquoi ce nom Petit Cîteaux ?

‍Les actes notent Sainte-Marie de l'aumône (Conventus dnae Mariae de Eleemosyna) ou Notre Dame de l'Aumône. Le sceau de l'abbé indiquait "Sigillum abbat. B. M. d'Eleemosyna". Seulement, un certain nombre de documents retiennent l’expression abbatia eleemosyna, Cistercium Minus.

‍On trouve, par exemple, dans une Charte du 25 avril 1263 l'expression "couvent de l'Aumône dit le Petit Cîteaux". (Cf. Manuscrit de Péan et Rousseau - 19e siècle - édition du Cherche Lune - 2009).

‍D'après des sources de seconde main du XVIIIe siècle, ce deuxième nom serait dû au succès de l’Aumône, amenant rapidement l'abbaye à enrichir les rangs de futures colonies aptes à fonder à leur tour de nouvelles communautés ; ceci complétant les apports en moines directement venus de Cîteaux, la maison mère.  

‍Pour autant, nous avons un texte donnant un éclairage complémentaire.

‍Dans un ouvrage du XVIIe siècle Essai de l'histoire de l'Ordre de Citeaux — 1696 , page 286 ), un passage porte précisément sur la fondation du Petit Cîteaux à propos d'Étienne Harding :

‍«… c'était si bien le sentiment de Saint-Étienne, que cet homme si riche dans la pauvreté, ou plutôt qui faisait ses plus grandes richesses de la pauvreté, se voyant chargé d'or et d'argent par les charités et les aumônes des fidèles, il n'eut point de repos qu'il ne fût déchargé de ce fardeau. Car au lieu d'employer cet argent à faire de nouvelles acquisitions ou à des bâtiments, ou à quelque autre usage pareil, la crainte qu'il eût que les frères se voient riches des biens de ce monde ne devinssent pauvres des biens du Ciel et ne se laissassent aller à quelques relâchements, l'obligea de leur ôter de devant les yeux un si grand sujet de tentation, en consacrant tout cet argent à un nouvel établissement, et s'en servant pour fonder un Monastère dans le Diocèse de Chartres, auquel il donna le nom de l'Aumône, ou autrement du Petit Cîteaux, parvum Cistercium, Cistercium Minus ou encore de Eleemosyna Cistercii, parce qu'il avait été fondé des aumônes que l'on avait faites à Cîteaux.»

‍Nous pouvons interpréter cet extrait ainsi : 

‍a) en ce début du XIIe siècle une volonté aurait émergé visant à mobiliser l'argent des "charités et les aumônes des fidèles", autrement dit des donations les plus diverses à l’abbaye de Cîteaux (Bourgogne) au profit de la création d’un nouveau monastère. Cependant, l’auteur ne donne pas ses sources ; 

‍b) le nom "Aumône" comme appellation de ce nouveau monastère serait lié au fait "qu'il avait été fondé des aumônes que l'on avait faites à Cîteaux", mais il a circulé d’autres interprétations ; 

‍c) le nom "Petit Cîteaux" s'expliquerait par ce lien très singulier qui l'unit à Cîteaux au moment de sa création, et tout particulièrement à la vision d’Harding concernant l’expansion du Nouveau Monastère. Ce dernier argument nous semble assez pertinent.

‍L'origine de l'attribution du nom "l'Aumône" et de Petit Cîteaux s'éclaire en miroir. Si l'on suit l'auteur, ces deux noms coexistent depuis une très longue période, au point d’être quasi indissociables. À preuve, cette mention dans la charte du 25 avril 1263, citée plus haut. Mais de quand précisément date cette deuxième dénomination est une question encore ouverte. 

‍Il faut noter également que les cartes anciennes que nous connaissons indiquent "Petit Cîteaux" comme lieu au sein de la forêt accompagné du dessin d'une église. Mais la plus vieille n’a que deux siècles. 

‍Dès le XIXe siècle, l’adjectif “petit” n’est plus accolé à Cîteaux. La clairière est tout simplement  nommée “Cîteaux”. Depuis plus de deux cents ans, c’est une réalité géographique et administrative, tout comme l'appellation "Forêt de Cîteaux" désignant la partie de la forêt de Marchenoir (ex.Silvalonga) gérée aujourd’hui par l'Office National des Forêts.

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