Le Petit Cîteaux

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Sept siècles cisterciens

‍Une île au profil tout en rondeur totalement entouré d’une sylve étendue. Une haute barrière végétale qui protège l’abbaye à l’instar d’une muraille, 

‍Agroforesterie

‍Au-delà de la grande clôture, un univers végétal abritant toute une faune animale et servant de parcours pour les animaux d’élevage ; une sylve pouvant également abriter des malandrins ou des guerriers. C’est d’ailleurs ce qui se passera durant la guerre de cent ans, lorsque les Plantagenêts entameront leur repli sur Orléans avant de connaître la débâcle que l’on sait. La soldatesque se cache en forêt, puis investit quelques jours le monastère et met le feu à l’église avant de lever le camp.

‍De quelle forêt parle-t-on lorsque les premiers moines arrivent en ce début du XIIe siècle? La pauvreté des sources ne permet pas de faire un portrait très précis de cet ensemble nommé dans les écrits de l’époque Silvalonga ; autrement dit «La Longue forêt». Qu’en savons-nous cependant ? 

‍Une île au cœur de la forêt

‍Il ne s’agit pas d’un bois ou d’une futaie, où encore moins d’un ensemble de taillis. Pour qui a déjà observé le lieu sur une carte contemporaine, il s’agit d’une forêt s’étirant sur 50 km2 (5000 ha) du NO au SE (la donation de Thibaut IV en fournit à leur installation quasiment un cinquième). 

‍Aucune source ne précise les contours de cette forêt neuf siècles plus tôt.

‍Pour autant, nous pouvons tenir compte des dernières avancées de la recherche concernant le défrichage du territoire. S’il y a bien sûr des variantes territoriales, il est acquis que l’essentiel des défrichages ont été terminés à l’époque celtique, deux ou trois siècles avant l’invasion romaine. On sait, notamment grâce à l’archéologie, que les peuples gaulois savaient identifier des qualités de terres propres à la culture de céréales, ou à l’élevage (formation des bocages), de celles plus favorables à la sylviculture.

‍Nous disposons d’éléments intéressants pour la partie où se situe le Petit Cîteaux. Il s’agit de l’emplacement des villages, mais aussi des fermes (dénommées granges à l’époque) les plus proches de l’abbaye. La Brosse, Le Rimbert, Pommereau, La Touche, par exemple, sont comme des avant-postes du monastère ; elles sont situées quasi en lisière de la forêt. On peut en déduire que la frontière entre plaine et forêt sur cette partie nord-est a peu évolué durant ces siècles. Notons qu’il en est de même au sud, du côté des communes de Saint Léonard en Beauce ou de Marchenoir. La forteresse de Marchenoir, bien qu’en proximité de Silvalonga était située en plaine. 

‍La carte de Cassini portant les numéros 28/45 tracée à la fin du XVIIIe siècle (forêt désignée comme “Forêt de Marchenoir”) indique une forme très similaire aux cartes officielles actuelles fournies par l’IGN. Mais quasi six siècles séparent les débuts du Petit Cîteaux de la graphie de ces cartes de Cassini…

‍La forêt médiévale

‍Depuis les temps anciens, les sociétés humaines ont intégré au premier plan le bois dans leur mode de vie et dans des savoir-faire de haut niveau. Le bois est à la fois un matériau et une source d’énergie. Il sert à fabriquer des outils, des moyens de transport d’hommes ou de marchandises (charrettes, brouettes, barques et barges) ; il est essentiel pour la structure et la charpente des bâtiments, les échafaudages, comme pour l’ossature des petites et grandes embarcations fluviales ou maritimes. 

‍En ce début du XIIe siècle, la plupart de l’habitat est en bois et celui-ci alimente aussi les cheminées et les fours, dont la fonction est vitale dans les modes d’alimentation.

‍On comprend qu’une forêt à cette époque était un bien aussi précieux qu’une terre à blé ou à vigne ou des pâturages. 

‍Quand Thibaut IV donne au départ un ensemble de 10 km2, dont 90% de forêt, il s’agit d’un capital non seulement très confortable, mais directement exploitable pour toutes sortes d’usages, un legs source de revenus importants. Et bien évidemment, le bois est avec la pierre un matériau essentiel pour la construction de leur propre monastère.

‍La forêt médiévale est un massif clairsemé ayant peu à voir avec la densité imposée dès le XVIIe siècle. C’est un lieu de pâture pour les animaux d’élevage comme les moutons, les bovidés ou les porcs. C’est un lieu de chasse…

‍Un lieu fréquentable de jour…

‍Rares sont les territoires où l’on ne trouve pas de noms de lieux ayant un rapport avec le loup. La Silvalonga n’y échappe pas. Le loup est présent et depuis des temps immémoriaux, les humains s’y sont adaptés. Ces derniers, bûcherons ou bergers, sont bien présents le jour pour travailler, mais dès le crépuscule, on évite de s’y aventurer et l’on verrouille les enclos. Le fossé longeant le mur d’enceinte de la grande clôture est appelé “fosse à loup” ; un des longs chemins dans la forêt est baptisé “La route du croc du loup”… Les exemples abondent localement.

‍Ce que l’on sait, c’est qu’une rupture marquante intervient dans la gestion des grandes forêts au début du règne de Louis XIV, en 1669 précisément. Ce dernier a 26 ans quand il ordonne à Colbert, contrôleur des finances, de réorganiser la gestion des forêts. Les besoins en bois explosaient pour la construction marine. On passera alors d’une forêt claire aux usages multiples et localisés à une forêt dense, structurée et surveillée pour un usage d’Etat. La Forêt possédée par les moines est-elle alors concernée ? Nous manquons d’éléments. Ce qui est probable, c’est que le marché et l’ensemble de la filière bois — comme on l’appelle aujourd’hui —, seront globalement placés sur une nouvelle orbite.

‍Ce qui est établi, c’est que l’exploitation du bois sera de tous les temps une des clés de l’économie de l’abbaye. L’inventaire des biens et ressources de l’abbaye, établi à la demande des moines à la veille de la Révolution française (1772), le démontre aisément. Nous l’abordons plus loin…

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